Le parpaing couvre encore plus de 70 % des constructions individuelles neuves en France. Pourtant, la brique Porotherm affiche des performances thermiques jusqu’à 6,5 fois supérieures à épaisseur égale.
Ce paradoxe résume tout le débat : entre habitude de chantier, budget et confort réel, le choix du matériau de mur n’est pas anodin.
Brique Porotherm et parpaing : deux logiques de construction très différentes
Le parpaing – ou bloc béton creux – est fabriqué à partir de ciment, granulats et eau, moulé en blocs standardisés de 20 x 20 x 50 cm.
Sa production est industrielle, son approvisionnement quasi universel sur le territoire, et les maçons le posent depuis des décennies. C’est un matériau de structure avant tout : il porte les charges, mais il isole peu.
La brique Porotherm, elle, est une brique en terre cuite alvéolée, fabriquée par Wienerberger. Les alvéoles verticales emprisonnent de l’air et créent une résistance thermique bien supérieure au béton.
Certaines versions intègrent un garnissage isolant (laine minérale ou polystyrène) dans les alvéoles pour aller encore plus loin.
Résultat : deux matériaux qui ne jouent pas dans la même catégorie thermique, même si tous deux servent à monter des murs porteurs.
En France, le choix se décline souvent entre parpaing de 20 cm avec isolation rapportée, et brique Porotherm en 20, 30 ou 37,5 cm selon le niveau de performance visé. Ces deux logiques impliquent des coûts, des délais et des savoir-faire différents.
Quels sont les avantages et les inconvénients de la brique Porotherm?

Le principal atout de la brique Porotherm est son comportement thermique. Sa structure alvéolée ralentit les transferts de chaleur bien mieux que le béton, ce qui se traduit concrètement par des factures de chauffage réduites et un meilleur confort en été – la brique stocke la fraîcheur nocturne et la restitue dans la journée.
La longévité du matériau joue aussi en sa faveur. La terre cuite ne se dégrade pas sous l’humidité, ne pourrit pas, et sa durée de vie excède facilement un siècle dans des conditions normales. Sur le plan acoustique, la densité de la brique atténue mieux les bruits aériens que le bloc béton creux.
Les limites sont réelles. D’abord, le prix : comptez 40 à 150 €/m² pour la brique selon la gamme, contre 10 à 15 €/m² pour le parpaing.
Ensuite, la mise en œuvre : la brique Porotherm se pose au mortier-colle joint mince, une technique qui demande rigueur et formation.
Un maçon habitué au parpaing peut commettre des erreurs de planéité ou de jointoiement qui pénalisent les performances finales.
Enfin, dans les zones sismiques (certaines régions du Sud-Est notamment), des dispositions constructives spécifiques s’imposent, qui peuvent complexifier le chantier.
L’autoconstruction est techniquement possible avec la brique Porotherm, mais elle est moins tolérante à l’erreur que le parpaing.
Si vous envisagez de laisser un mur apparent sans enduit, sachez que les contraintes esthétiques et réglementaires diffèrent selon le matériau choisi.
Performances thermiques : la brique Porotherm écrase le parpaing à épaisseur égale
Les chiffres sont sans appel. Pour 20 cm d’épaisseur, un mur en Porotherm atteint une résistance thermique R de 1,27 m².K/W, là où le parpaing creux classique plafonne à 0,19 m².K/W selon les données de renovation-habitat.info. C’est un rapport de 1 à 6,5 en faveur de la brique – pas une nuance, une différence de nature.
La conductivité thermique (lambda) explique cet écart : le parpaing creux affiche un lambda moyen de 1,1 W/m.K, tandis que la brique Porotherm oscille entre 0,12 et 0,18 W/m.K selon la gamme.
La brique Monomur en 30 cm descend à 0,14 W/m.K et dépasse 2 m².K/W de résistance thermique.
En pratique, cela signifie qu’un mur Porotherm en 20 cm perd bien moins de chaleur qu’un mur parpaing de même épaisseur, avant même d’ajouter le moindre isolant.
Pour un constructeur qui vise un faible budget de chauffage à long terme, cet avantage de départ change le calcul global du projet.
Brique ou parpaing : lequel répond vraiment aux exigences de la RE2020?

Depuis le 1er janvier 2022, la RE2020 fixe un niveau de performance énergétique globale pour toute construction neuve.
Elle ne prescrit pas d’épaisseur d’isolant fixe ni de matériau de mur – c’est le résultat final du bâtiment qui doit atteindre les seuils exigés selon la zone climatique.
Le parpaing nu ne passe pas seul. En pratique, une paroi en parpaing exige entre 14 et 20 cm d’isolation complémentaire (intérieure ou extérieure) pour satisfaire la RE2020, selon e-re2020.fr.
Une paroi en brique Porotherm s’en sort avec environ 12 cm de laine de verre (λ=0,032) pour atteindre les mêmes seuils, contre 14 cm pour le parpaing.
La brique Monomur épaisse, en 37 à 42 cm, permet dans certaines zones tempérées (H2, H3) de s’approcher des exigences sans isolation ajoutée. Mais en zones froides H1a ou H1b – Alsace, Auvergne, montagne – un complément reste souvent nécessaire même avec 42 cm de brique.
La RE2020 juge la performance du système complet, pas d’un matériau pris isolément : il faut intégrer les ponts thermiques, les menuiseries et la ventilation dans le calcul.
Quel est le mieux entre la brique et le parpaing sur le plan du budget?
Le parpaing est moins cher à l’achat, c’est indéniable : entre 10 et 15 €/m² fourni pour le bloc béton creux standard.
La brique Porotherm Monomur débute à 40-80 €/m², et les versions avec isolant intégré atteignent 75 à 150 €/m². L’écart sur les matériaux seuls peut donc dépasser 1 à 10.
Mais le coût de la main-d’œuvre atténue partiellement cet écart. En 2025, la pose d’un mur en brique revient à 90-160 €/m² (matériaux + pose), contre 70-120 €/m² pour le parpaing, selon guide-prix.com. Soit 15 à 20 % d’écart sur le gros œuvre, pas sur la totalité du projet.
Sur l’ensemble d’une maison, la brique revient en moyenne 6 000 à 7 000 € de plus que le parpaing.
C’est significatif, mais ce surcoût se réduit sensiblement quand on intègre l’isolation obligatoire du parpaing : 14 à 20 cm d’isolant + la pose + l’enduit représentent un poste non négligeable que la brique limite ou supprime selon la gamme choisie.
Sur 100 m² de surface habitable avec une enveloppe bien isolée dans les deux cas, la différence finale entre « parpaing + isolation renforcée » et « brique + isolation standard » se resserre souvent à 3 000-4 000 €.
C’est encore de l’argent, mais pas l’abîme que laissent supposer les prix catalogue des matériaux seuls.
Quelle est la durée de vie d’une brique Porotherm et comment se comporte-t-elle dans le temps?

La brique en terre cuite dure plus longtemps que le béton dans la plupart des conditions météo françaises.
Des bâtiments en briques creuses du début du XXe siècle sont encore debout et sains – une longévité de 100 à 150 ans sans pathologie majeure est documentée pour ce type de matériau.
Face à l’humidité, la brique Porotherm se comporte bien grâce à la cuisson à haute température qui rend la terre cuite peu capillaire.
Le parpaing, à l’inverse, peut absorber l’humidité par capillarité et nécessite un enduit étanche en façade – raison pour laquelle laisser le parpaing nu en extérieur pose des problèmes de durabilité à moyen terme.
Sur le plan du feu, les deux matériaux sont ininflammables et atteignent des classements coupe-feu élevés.
En zone sismique, le parpaing chaîné reste une référence bien maîtrisée par les bureaux d’études, tandis que les systèmes en brique Porotherm demandent une conception adaptée – les deux sont viables, mais le parpaing bénéficie d’un retour d’expérience plus large en France sur ce risque spécifique.
Porotherm ou parpaing : ce qui doit vraiment guider votre choix
Voici comment trancher selon votre situation concrète :
| Votre profil | Matériau conseillé | Raison principale |
|---|---|---|
| Budget serré, zone H2 ou H3 | Parpaing + isolation | Surcoût brique difficile à absorber, isolation classique suffisante |
| Zone froide H1a ou H1b | Brique Porotherm épaisse | Performances thermiques nettement supérieures, économies de chauffage sur 20 ans |
| Projet BBC ou passif | Brique Monomur 37-42 cm | Moins d’isolant à poser, moins de ponts thermiques, enveloppe homogène |
| Autoconstruction débutant | Parpaing | Technique plus tolérante, main-d’œuvre maçon plus facile à trouver |
| Délais courts | Parpaing | Approvisionnement immédiat, maçons disponibles partout en France |
| Priorité confort été/hiver | Brique Porotherm | Inertie thermique supérieure, régulation naturelle de la température |
Si vous faites appel à un constructeur de maisons individuelles, vérifiez quel système il maîtrise réellement.
Un maçon qui ne pose que du parpaing depuis dix ans produira un résultat médiocre en brique, même avec un bon matériau. Les retours d’acheteurs sur les constructeurs révèlent souvent des écarts importants entre les promesses techniques et la qualité d’exécution réelle.
Pour un projet de résidence principale que vous habiterez 20 ou 30 ans, le surcoût de 6 000 à 7 000 € de la brique Porotherm rapporté à la durée de vie du bâtiment représente moins de 25 € par mois.
Vu sous cet angle, la question du budget devient secondaire face à celle du confort au quotidien. Le bon matériau n’est pas celui qui coûte le moins cher à la livraison des fondations – c’est celui que vous ne regretterez pas la nuit du premier hiver.