Un carrelage de terrasse posé sans joints adaptés, c’est un chantier qui se dégrade en deux hivers.
Le gel, l’eau stagnante, les mouvements thermiques – l’extérieur soumet vos joints à des contraintes que l’intérieur ne connaît tout simplement pas.
Et pourtant, le jointoiement reste souvent la dernière étape traitée à la légère, alors que c’est précisément elle qui conditionne la durée de vie de toute l’installation.
Pourquoi les joints de carrelage extérieur sont-ils si importants?
À l’intérieur, un joint défaillant est surtout inesthétique. À l’extérieur, il peut compromettre toute la structure.
L’eau qui s’infiltre sous les carreaux par des joints absents ou fissurés se loge dans le mortier-colle, gèle en hiver, et provoque des éclatements en surface – c’est le cycle gel-dégel, responsable de la majorité des soulèvements de terrasse observés après quelques années.
Les joints assurent trois fonctions simultanées : ils absorbent les dilatations thermiques du carrelage (un carreau de 60×60 cm peut se dilater de 0,5 mm entre l’été et l’hiver), ils empêchent les infiltrations d’eau vers le support, et ils distribuent les contraintes mécaniques.
Sans eux, les carreaux s’entrechoquent, le mortier se fissure, et la dalle se soulève. La différence avec l’intérieur est radicale : un sol de salle de bains subit des variations de température de 5 à 10 °C maximum.
Une terrasse exposée plein sud peut osciller entre -10 °C en janvier et +60 °C en juillet sur la surface même des carreaux. Aucun matériau rigide ne résiste à ces écarts sans un système de joints correctement dimensionné.
Quels sont les différents types de joints pour carrelage extérieur?

Il existe trois catégories de joints, qui ne jouent pas du tout le même rôle. Les confondre est l’une des erreurs les plus fréquentes chez les particuliers qui se lancent dans la pose.
- Le joint de pose : c’est l’espace entre deux carreaux adjacents, rempli avec le mortier de jointoiement. Selon le DTU 52.2, sa largeur minimale est de 5 mm en extérieur (contre 2 mm pour des carreaux rectifiés posés à l’intérieur). Pour la terre cuite, on monte à 6 mm minimum. C’est ce joint que la plupart des gens imaginent quand on parle de jointoiement.
- Le joint périphérique : il longe tous les murs, seuils, piliers et obstacles fixes. Le DTU 52.1 impose une largeur de 10 à 15 mm. Ce joint ne se remplit pas avec du mortier rigide : il reçoit un mastic souple (polyuréthane ou silicone) qui absorbe les mouvements entre la dalle et la maçonnerie.
- Le joint de fractionnement : à prévoir tous les 10 à 15 m² (soit toutes les 4 à 5 m linéaires) pour une surface extérieure. Ce joint traverse toute l’épaisseur du carrelage et du mortier-colle. Il prévient le soulèvement par accumulation de dilatation sur de grandes surfaces. Sur des surfaces dépassant 25 à 30 m², son absence conduit presque inévitablement à des désordres visibles.
La pente de la surface est aussi imposée par les normes : 1,5 % minimum pour garantir l’écoulement des eaux de pluie. Sans cette pente, l’eau stagne, les joints restent constamment humides, et leur dégradation s’accélère fortement.
Joint ciment, époxy, souple : quel est le meilleur joint pour carrelage extérieur?
Il n’existe pas une réponse unique – le bon produit dépend de l’usage, du carrelage et de l’exposition. Voici les trois familles à connaître :
| Type de joint | Référence norme | Avantages | Limites | Cas d’usage |
|---|---|---|---|---|
| Ciment flexible (CG2 WA AR) | EN 13888 | Facile à poser, large choix de coloris, prix accessible | Poreux, peut verdire, sensible aux sels de déglaçage | Terrasse résidentielle, allée piétonne |
| Époxy bicomposant anti-UV | EN 13888 (RG) | Imperméable, résistance chimique, anti-taches | Pose technique, prix élevé, temps de travail limité | Tour de piscine, allée carrossable, exposition intense |
| Joint souple polyuréthane | – | Absorption des mouvements, étanche | Réservé aux joints périphériques et de fractionnement | Joints de dilatation, périphérie de terrasse |
Pour une terrasse résidentielle classique, un mortier CG2 WA AR convient bien à condition d’être hydrofugé après pose.
Pour un carrelage extérieur étanche autour d’une piscine ou sur une allée qui reçoit des véhicules, l’époxy s’impose sans hésitation malgré son coût plus élevé.
Le joint époxy extérieur : haute performance mais exigences spécifiques

Le joint époxy bicomposant est le produit le plus performant du marché pour l’extérieur. Il offre une imperméabilité totale, ce qui signifie qu’aucune molécule d’eau ne pénètre dans le joint – pas même par capillarité.
C’est un atout décisif dans les zones soumises au chlore (bord de piscine), aux sels de déglaçage répandus sur les allées en hiver, ou aux taches de graisse sur les terrasses avec cuisine extérieure.
Attention cependant : tous les époxys ne se valent pas en extérieur. La résine époxy standard jaunit et se dégrade sous les UV.
Pour une terrasse, vous devez impérativement choisir une formulation traitée anti-UV, faute de quoi les joints changeront de couleur dès la première saison estivale et perdront en cohésion en surface.
La pose d’un joint époxy exige plus de rigueur qu’un joint ciment. Une fois les deux composants mélangés, vous disposez d’un temps de travail limité – généralement 30 à 45 minutes selon la température ambiante. Au-delà, le produit commence à polymériser et devient inutilisable.
Il faut travailler par petites surfaces, nettoyer immédiatement les excédents avec un produit adapté avant durcissement complet, et ne pas intervenir par temps chaud (au-dessus de 25 °C, le temps de travail se réduit encore).
Le résultat, lui, est sans équivalent : un joint époxy bien posé reste intact pendant 15 à 20 ans sur une terrasse normale, sans entretien particulier.
Pour les finitions de carrelage sur des zones fortement sollicitées, c’est le niveau de protection le plus élevé disponible.
Comment choisir la couleur de ses joints : gris, noir ou teinte personnalisée?
Le choix esthétique compte autant que le choix technique. Un joint gris clair sur un carrelage anthracite efface visuellement le calepinage et agrandit l’espace.
Un joint gris foncé ou noir, au contraire, souligne la géométrie des carreaux et donne un rendu plus structuré, très prisé sur les terrasses contemporaines avec carrelage grand format.
Le joint gris clair reste la valeur sûre en extérieur : il masque mieux les salissures que le blanc, contraste peu avec les poussières et les taches légères, et s’adapte à la quasi-totalité des carrelages.
Le joint noir est séduisant sur les photographies mais exige un entretien rigoureux – il révèle immédiatement les dépôts de calcaire dans les régions à eau dure.
Sur le plan technique, la stabilité colorimétrique d’un mortier de jointoiement est encadrée par la norme EN 13888. Les produits classés CG2 offrent une meilleure tenue de la couleur dans le temps qu’un CG1 basique.
Les pigments minéraux résistent mieux aux UV que les colorants organiques : un produit haut de gamme conserve sa teinte pendant des années, là où un mortier bas de gamme peut s’éclaircir ou se marbrer en deux ou trois saisons.
Quand est-ce qu’il faut faire les joints de carrelage extérieur?

Après la pose du carrelage, un délai d’attente s’impose avant de jointoyer. Il faut généralement attendre 24 à 48 heures minimum que le mortier-colle soit suffisamment sec pour supporter les sollicitations mécaniques du jointoiement. Sur un support humide ou par temps frais, ce délai peut atteindre 72 heures.
Les conditions météorologiques sont déterminantes. Voici les situations à éviter absolument :
- La pluie : jointer sous la pluie dilue le mortier, altère le rapport eau/liant et compromet la résistance finale. Si la pluie survient dans les 24 heures après le jointoiement, couvrez la surface avec une bâche.
- Le gel : en dessous de +5 °C, la prise du mortier est perturbée. En dessous de 0 °C, l’eau contenue dans le joint gèle avant polymérisation et le détruit immédiatement.
- La forte chaleur : au-dessus de 30 °C ou en plein soleil direct, le mortier sèche trop vite en surface, craquelle, et n’adhère pas correctement au fond du joint.
La plage idéale se situe entre +10 °C et +25 °C, temps couvert ou en légère ombre. Le matin en été, entre 7h et 11h, offre souvent les meilleures conditions pour travailler un joint extérieur sur une terrasse exposée.
Comment faire des joints de carrelage pour un sol extérieur?
Voici la méthode complète, étape par étape :
- Préparation du support : soufflez ou aspirez soigneusement les joints pour éliminer poussières, graviers et résidus de mortier-colle. Un joint encrassé empêche l’adhérence du nouveau produit. Si des croisillons de pose traînent dans les joints, retirez-les.
- Humidification légère : dampez le carrelage à l’éponge humide (pas mouillée) pour éviter que les carreaux absorbent trop vite l’eau du mortier de joint. Ne pas inonder.
- Préparation du mortier : versez la poudre dans l’eau (et non l’inverse), mélangez à faible vitesse avec un malaxeur pendant 2 à 3 minutes, laissez reposer 5 minutes, mélangez à nouveau. La consistance doit être crémeuse, ni trop liquide ni trop épaisse.
- Application à la taloche : étalez le mortier en diagonale par rapport aux joints avec une taloche en caoutchouc. Travaillez par zones de 2 à 3 m² pour garder le contrôle. Forcez le produit dans les joints en appuyant fermement.
- Nettoyage des excédents : après 15 à 20 minutes (vérifiez que le joint commence à prendre sans être dur), nettoyez en diagonale avec une éponge humide bien essorée. Rincez souvent l’éponge. Passez un chiffon sec pour éliminer le voile laiteux résiduel.
- Protection et séchage : protégez la surface de la pluie et du piétinement pendant 24 heures minimum. La résistance définitive est atteinte après 28 jours pour un mortier ciment.
Comment puis-je refaire les joints de ma terrasse extérieure?

Avant de refaire les joints d’une terrasse, un diagnostic honnête s’impose. Regardez l’état des joints existants : des joints qui s’effritent au doigt, verdis, creusés ou décollés en bordure de carreau indiquent un produit dégradé à remplacer.
Des fissures en réseau sur l’ensemble de la surface peuvent trahir un problème de support plus profond – dans ce cas, refaire les joints seuls ne résoudra rien.
Pour retirer les anciens joints, deux outils sont efficaces selon la largeur des joints. Une disqueuse équipée d’un disque diamant fin (2 à 3 mm) convient aux joints larges, mais demande de la précision pour ne pas rayer les carreaux.
Un outil oscillant (multifonction) avec lame de découpe est plus sûr pour les joints étroits ou sur des carreaux fragiles.
Dans les deux cas, retirez les joints sur au moins 5 mm de profondeur pour que le nouveau produit puisse adhérer correctement.
Après la dépose, nettoyez soigneusement les rainures avec une brosse dure, puis à l’eau pour éliminer poussières et résidus.
Si vous constatez des traces de moisissures ou de verdissement, appliquez un produit antifongique et laissez agir avant de jointoyer.
Choisissez ensuite votre nouveau mortier en tenant compte des contraintes actuelles de la terrasse – si elle a souffert de l’humidité, un produit CG2 WA AR ou une option époxy sera plus adapté que le produit d’origine.
Pour comprendre pourquoi un revêtement se dégrade, la logique est la même que pour une peinture qui cloque : l’humidité emprisonnée sous la surface finit toujours par s’exprimer.
Prix du jointoiement carrelage extérieur : fournitures et pose
Le coût total d’un jointoiement extérieur varie selon le produit choisi et si vous faites appel à un professionnel.
| Poste | Coût indicatif |
|---|---|
| Fournitures – mortier ciment flexible (CG2 WA AR) | 8 à 20 €/m² |
| Fournitures – mortier époxy anti-UV | 15 à 35 €/m² |
| Pose professionnelle (jointoiement seul) | 5 à 15 €/m² |
| Enlèvement d’anciens joints (rejointoiement) | 10 à 20 €/m² |
| Nettoyage de surface avant pose | 1 à 3 €/m² |
| Rejointoiement complet (dépose + nettoyage + pose) | 15 à 50 €/m² |
Plusieurs facteurs font varier la facture : l’accessibilité du chantier, la superficie totale (plus c’est grand, plus le prix au m² baisse), la complexité du calepinage (joints courbes, mosaïque), et bien sûr le produit choisi.
Un professionnel facturera également un déplacement et une préparation de surface systématique, ce qui explique l’écart entre le prix des fournitures seules et le coût réel d’une intervention.
En faisant le travail vous-même sur une terrasse de 20 m² avec un mortier ciment, comptez entre 160 et 400 € de matériaux.
Avec de l’époxy, la note monte à 300 à 700 € – sans compter le temps de travail et la location éventuelle d’un malaxeur électrique.
Les erreurs courantes qui font craquer ou noircir les joints extérieurs

La première erreur, et de loin la plus répandue : utiliser un produit classé CG1 à l’extérieur. Le CG1 est un joint ciment standard conçu pour les zones sèches en intérieur.
Exposé à l’humidité et aux cycles gel-dégel, il s’effrite en quelques saisons. La mention CG2 WA AR sur l’emballage est le minimum pour toute surface extérieure.
La deuxième erreur classique : des joints trop fins, inférieurs à 5 mm. Certains poseurs cherchent un effet esthétique « joint serré » en extérieur comme on le ferait avec des carreaux rectifiés en intérieur.
Résultat : pas assez de mortier pour assurer l’étanchéité, et pas assez d’espace pour absorber la dilatation thermique. Les carreaux finissent par se fissurer ou se soulever.
- Absence de joints de fractionnement sur les surfaces de plus de 10 m²
- Joint périphérique rempli de mortier rigide au lieu de mastic souple
- Joints poreux non hydrofugés qui verdissent dès le premier printemps
- Mauvaise pente d’évacuation entraînant des stagnations d’eau chroniques
- Jointoiement réalisé trop tôt, avant séchage complet du mortier-colle
Le verdissement des joints est particulièrement fréquent dans les jardins humides ou sous les arbres. Il ne s’agit pas d’un problème de qualité du produit mais de porosité : un joint ciment non traité absorbe l’humidité et offre un substrat idéal aux mousses et algues. Un hydrofuge appliqué après pose règle 90 % des cas.
Entretenir et protéger ses joints de carrelage extérieur dans la durée
Un joint époxy ne réclame quasiment aucun entretien spécifique : un nettoyage à l’eau et au savon neutre une à deux fois par an suffit. C’est l’un de ses grands avantages. Pour un joint ciment, la situation est différente.
Sur un joint ciment poreux, l’application d’un hydrofuge pénétrant juste après la pose (et tous les 3 à 5 ans ensuite) est fortement recommandée.
Ce traitement colmate la porosité de surface et empêche l’absorption d’eau, de salissures et le développement de micro-organismes.
Choisissez un hydrofuge spécifique joints de carrelage extérieur, pas un simple imperméabilisant de façade. Evitez les produits filmogènes qui créent un film en surface et se décollent avec le gel.
Pour le nettoyage régulier, un nettoyage des matériaux minéraux en extérieur suit des principes proches : commencez toujours par le moins agressif – eau claire et brosse dure – avant d’envisager un nettoyeur haute pression (qui peut dégrader des joints vieillissants) ou un produit acide (réservé aux dépôts calcaires tenaces, jamais sur joint époxy).
Un contrôle visuel annuel, idéalement au printemps après l’hiver, suffit à détecter les problèmes tôt. Les signaux qui imposent un rejointoiement rapide : joints creux sur plus de 30 % de la surface, décollement en périphérie des carreaux, zones noircies persistantes malgré le nettoyage, ou carreaux qui « sonnent creux » quand on les tapote.
Un joint bien posé, bien choisi et correctement entretenu dure facilement dix ans sur une terrasse exposée. Négligez une seule de ces trois conditions, et vous repasserez sur votre terrasse bien avant.