La résistance de la prise de terre doit rester inférieure à 100 Ω : c’est la valeur maximale conventionnelle fixée par la NF C 15-100 et le guide UTE C 15-105. Moins de 50 Ω est conseillé, et idéalement moins de 30 Ω. Cette valeur ne se lit pas sur un testeur à voyants : seul un telluromètre, ou le contrôleur d’installation d’un électricien, la donne en ohms. Si vous avez branché un petit testeur dans une prise et vu les voyants au vert, vous savez que la prise est raccordée à la terre. Vous ne savez pas si cette terre sert à quelque chose.
Raccordée ou efficace : deux questions différentes
Le testeur de prise à voyants répond à une seule question : le fil de terre arrive-t-il bien jusqu’à la prise ? Il ne dit rien de ce qui se passe à l’autre bout, dans le sol. Or c’est là que tout se joue. Une terre peut être parfaitement câblée dans le logement et très mauvaise parce que le piquet est court, rouillé, planté dans un sol sec ou caillouteux, ou simplement mal connecté à sa sortie.
C’est la confusion qui fait croire à beaucoup de propriétaires que leur installation est sûre : « ma prise est reliée à la terre, donc c’est bon ». La présence d’une terre et sa qualité sont deux informations distinctes, et seule la seconde se mesure en ohms.
Pourquoi la valeur en ohms protège quelqu’un
Quand un appareil a un défaut d’isolement, sa carcasse métallique se retrouve sous tension. Le courant de fuite part alors vers la terre, et c’est le différentiel qui doit couper le circuit. Il ne le fait que si ce courant de fuite est suffisant.
Plus la résistance de terre est élevée, moins le courant circule, et plus le différentiel tarde à réagir, voire ne réagit pas du tout. Pendant ce temps, la carcasse de la machine à laver ou du four reste sous tension, et la tension de contact peut dépasser 50 V, la limite de sécurité de la NF C 15-100. Quelqu’un qui touche l’appareil, les pieds sur un sol humide, devient le chemin du courant.
La règle de calcul est simple : la tension de contact ne doit pas dépasser 50 V, donc la résistance de terre doit rester inférieure à 50 V divisés par le courant de déclenchement du différentiel le moins sensible de l’installation. Votre valeur tolérable dépend donc de vos différentiels : plus ils sont sensibles, plus la marge est large. Pour la connaître, lisez la sensibilité marquée sur la face avant de chaque différentiel de votre tableau (elle est exprimée en milliampères) et retenez la moins sensible, c’est-à-dire la plus élevée.
Les repères à connaître pour lire un résultat
- Moins de 100 Ω : le maximum conventionnel de la norme. Au-delà, le déclenchement du différentiel n’est plus garanti dans les temps.
- Moins de 50 Ω : la valeur conseillée.
- Moins de 30 Ω : l’idéal.
Les repères de 50 et 30 Ω sont des conseils, pas des obligations. La marge entre ces valeurs et le plafond de 100 Ω n’est pas décorative : la convention de 100 Ω tient compte des dispersions de mesure et des variations saisonnières du sol. Une terre mesurée à 90 Ω en saison humide peut grimper quand le terrain se dessèche, car la résistance de terre dépend de l’humidité du sol. Un résultat proche du plafond est donc un résultat à surveiller, pas un feu vert confortable.
Comment la mesure se fait, et pourquoi le multimètre ne convient pas
La mesure se fait par la méthode des 3 piquets : le piquet de terre à mesurer, un piquet de tension auxiliaire et un piquet de courant auxiliaire. Le telluromètre injecte un courant alternatif et mesure la chute de tension entre les électrodes pour en déduire la résistance.
Deux conditions rendent le geste moins anodin qu’il n’en a l’air : l’installation doit être mise hors tension, et la prise de terre doit être isolée du réseau pour que la mesure ne soit pas faussée. Il faut donc intervenir sur le tableau, déconnecter la terre de la barrette de coupure, puis la remettre correctement en service ensuite.
Un multimètre classique ne mesure pas directement la résistance de terre. Il faut au minimum un telluromètre ou un mesureur sans piquet. Poser deux pointes de multimètre entre une prise et une canalisation ne donne aucun chiffre exploitable.
Le fait que l’installation soit hors tension pendant la mesure compte aussi pour le reste de la maison : si vous coupez le courant, pensez à ce qui en dépend. Un réfrigérateur qui s’arrête et repart dans la foulée ne signale pas forcément une panne, comme l’explique cet article sur le frigo qui s’arrête et repart.
Testeur simple ou professionnel : comment décider
Le testeur à voyants garde son utilité : il détecte une prise sans terre ou une terre non raccordée, ce qui est déjà une information précieuse, par exemple lors d’une visite avant achat. Mais il ne vous dit rien de la qualité. Dès que la question devient « ma terre est-elle bonne ? », il faut une valeur en ohms.
Deux options :
- Faire mesurer par un électricien équipé d’un telluromètre ou d’un contrôleur d’installation. C’est le choix le plus raisonnable si vous n’avez jamais manipulé un tableau : la mise hors tension et l’isolement de la terre ne s’improvisent pas.
- Acheter ou louer un telluromètre, si vous êtes à l’aise avec ce type d’intervention et que vous avez plusieurs mesures à faire. Reste à planter les piquets auxiliaires et à respecter la procédure.
Si le résultat dépasse 100 Ω, ne cherchez pas à relativiser : c’est au-delà de la limite conventionnelle de la norme, et le déclenchement du différentiel n’est plus garanti dans les temps. Un électricien doit alors reprendre la prise de terre.
Ce que regarde le CONSUEL sur la terre
Si vous êtes en construction ou en rénovation et que vous avez besoin d’une attestation de conformité, le technicien du CONSUEL contrôle surtout le tableau électrique, la prise de terre et les points de sécurité des pièces d’eau. Sur la terre, il vérifie :
- la mesure de la prise de terre, qui doit être inférieure à 100 Ω ;
- la section du conducteur de terre : 25 mm² minimum pour le câble en cuivre nu, 16 mm² pour le conducteur isolé vert-jaune ;
- le raccordement effectif de la prise de terre à l’installation.
Le type de conducteur change donc la section exigée, et c’est un point à vérifier avant de passer le contrôle plutôt qu’après. Si la prise de terre n’est pas réalisée ou n’est pas raccordée à l’installation, l’inspection est jugée insuffisante et peut être bloquée. Mieux vaut faire mesurer votre terre avant la visite et connaître la valeur, plutôt que la découvrir devant le contrôleur.
Ce contrôle s’inscrit dans un chantier plus large : une rénovation électrique touche aussi aux circuits, aux commandes et au tableau. Pour l’anecdote, même la lecture des repères sur un appareil peut prêter à confusion, comme pour la position I ou O d’un interrupteur.
Un repère d’âge, sans plus
La mise à la terre est obligatoire depuis 1969. Un logement antérieur peut donc ne pas en avoir du tout, ou en avoir une ancienne, dont l’état est inconnu. Cette date situe seulement l’âge probable des logements concernés : elle ne dit rien sur la qualité de la terre d’une maison précise, et pas davantage sur sa valeur en ohms. Pour la connaître, il faut la mesurer.
La marche à suivre tient en trois temps : vérifier la présence de la terre avec un testeur à voyants, faire mesurer sa valeur avec un telluromètre, puis comparer le résultat aux repères de 100, 50 et 30 Ω en tenant compte de la sensibilité de vos différentiels.












